Prendre le temps de s’orienter dans une société en accélérée

– Collaboration d’Olivier René, stagiaire au Service d’aide en orientation des Services aux étudiants, UQTR –

Ce texte propose une réflexion sur la dimension temporelle liée au contexte global dans lequel se déroulent les démarches d’orientation.

Beaucoup d’étudiantes et d’étudiants qui consultent en orientation ressentent l’urgence de faire une demande d’admission dans un programme d’études pour le 1er mars. Pourtant, une démarche en orientation repose, entre autres, sur l’exploration de soi et sur une meilleure compréhension des éléments liés à son parcours de formation et de travail. L’identification des repères significatifs qu’offre les différents contextes de vie est également très utile pour avancer dans un processus d’orientation. Prendre en compte ces contextes permet de clarifier la situation présente et de mieux envisager ses possibilités d’avenir.

 Toujours plus vite, toujours plus rapide

Depuis plus d’une quinzaine d’année et de manière toujours plus accentuée, un phénomène important caractérise l’ensemble des sociétés modernes. Il s’agit de la modification du rapport au temps. À l’intérieur de ce que certains auteurs appellent la «société hypermoderne»[1], le rythme accéléré du temps serait marqué notamment par l’instantanéité, le court terme, l’urgence, la réponse immédiate aux besoins et les contraintes de la vitesse.

Pour prendre une image simple, c’est un peu comme si tout autour de vous se déroulait sur avance rapide «fast forward» sans possibilité de stopper ou de mettre sur pause. Comment vous sentez-vous dans cette situation?

L’accélération du temps ou l’impression constante que tout va vite influence l’organisation, la répartition, la perception du temps ainsi que sur la valeur accordée au temps. Cette accélération affecte la vie professionnelle et personnelle des individus ainsi que l’ensemble des sphères de la société. Lorsque rapidité, productivité, dépassement et intensification deviennent des normes implicites à la vie en société, les comportements, les habitudes de vie et les exigences personnelles peuvent elles aussi se modifier.

Conséquences sur les études

Le rapport au temps accéléré et le changement rapide des repères et des balises autour de soi peut affecter les études et le parcours de formation. Voici quelques effets possibles à explorer dans une démarche d’orientation:

  • des intérêts qui changent souvent et rapidement; ne plus savoir ce que l’on aime;
  • des doutes et incertitudes sur ses valeurs, ses compétences;
  • des difficultés à se projeter dans le futur, l’impression que l’avenir est flou et incertain;
  • l’impression d’être constamment en retard;
  • le sentiment d’être dépassé, ne pas suivre ce qui se passe autour de soi;

Prenez le temps de vous demander et de réfléchir à comment l’accélération du temps se traduit dans votre vie… dans vos études… dans votre travail.

Trouver ses repères

Une démarche d’orientation permet, entre autres, d’aider une personne à trouver ou de retrouver ses repères en vue de faire des choix éclairés liés à sa carrière, mais encore faut-il y mettre du temps!

Voici quelques éléments à considérer par rapport aux études dans un contexte où tout va vite:

  • accepter que l’apprentissage se fait tout au long de la vie;
  • questionner notre rapport au temps dans différentes situations du quotidien;
  • réfléchir à l’urgence afin de déterminer ce qui est urgent ou pas dans notre vie;
  • adopter différentes techniques de respiration, relaxation, mentalisation afin de se recentrer sur soi;
  • prendre des moments pour soi et s’obliger à faire plusieurs petites pauses.

Parce que s’orienter prends du temps, ne laisser pas l’accélération du temps vous faire perdre vos repères! Bonne fin de session!


Sources:

Aubert, N. (2006). L’individu hypermoderne et ses pathologies, L’information psychiatrique, 82/7, 605-610.

Aubert, N. (2003). Le culte de l’urgence, la société malade du temps. Paris : Flammarion.

[1] Notamment la sociologue Nicole Aubert, le philosophe Gilles Lipovesky et également le professeur Sébastien Charles du Département de philosophie de l’UQTR (maintenant Doyen de la recherche et de la création).