Violences commises au nom de l’honneur: mieux comprendre pour mieux intervenir

Au cours des dernières années, des violences basées sur l’honneur ont fait surface au sein de la société québécoise. Peu sensibilisés envers ce phénomène, les services sociaux de la province ont été amenés à s’interroger sur la façon d’aider au mieux les filles et les femmes qui en sont victimes. Travaillant en collaboration avec ces organismes, la professeure en psychoéducation Estibaliz Jimenez, de l’UQTR, mène un projet de recherche visant à comprendre les défis de dépistage et d’intervention auprès des victimes de violences basées sur l’honneur.


«Ce type de violence survient notamment à l’intérieur de familles immigrantes, souvent aux prises avec des conflits intergénérationnels. Les pays d’origine et la religion d’appartenance de ces familles peuvent varier. Les milieux d’intervention doivent donc tenir compte de cette réalité multiculturelle. La réadaptation et la réinsertion des victimes s’avèrent aussi extrêmement difficiles, car ces dernières n’ont que leur famille et leur communauté comme points de repère», constate Mme Jimenez.

La professeure Estibaliz Jimenez (psychoéducation, UQTR).

La chercheuse s’intéresse tout particulièrement au dépistage des violences basées sur l’honneur et aux méthodes d’intervention. «Il faut aider les intervenants sociaux à reconnaître les signaux associés à ce type de violence, à en estimer les risques et à prendre les mesures appropriées. Ces démarches se feront dans le respect des cultures, sans toutefois tolérer la violence. Déjà, des grilles d’évaluation et d’intervention ont été bâties pour les milieux sociaux. Nous souhaitons maintenant mesurer leur utilité et leur efficacité», explique la professeure Jimenez.

Pour mieux comprendre les victimes et leur famille, Mme Jimenez se penche également sur leur parcours migratoire (intégration au sein de la communauté d’accueil, conflits intergénérationnels, chocs interculturels, etc.). En collaboration avec d’autres chercheurs, elle examine aussi les trajectoires de victimisation et de recherche d’aide des filles et des femmes violentées.

«De nombreux intervenants des milieux sociaux, à la grandeur du Québec, ont accepté de partager leurs expériences avec nous, afin d’enrichir nos recherches. En contrepartie, nous leur livrons les résultats de nos travaux, contribuant ainsi à l’avancement des pratiques», d’ajouter la chercheuse.