L’autocompassion

Avis psychologique

Collaboration de Michaël Lemire, consultant au service de psychologie, Services aux étudiants

Dans une société hautement compétitive, nous avons régulièrement tendance à nous comparer aux autres et à nous juger négativement. Ce jugement est naturel, car il y aura toujours quelqu’un de plus intelligent, de plus beau ou qui a mieux réussi que nous. Nous appelons ce comportement l’autocondamnation.

Comment sortir du cercle vicieux de l’autocondamnation? La réponse serait en nous. Il suffirait de cesser une fois pour toutes de se juger et de s’évaluer. Arrêter de se coller des étiquettes «bien» ou «mal» et simplement s’accepter. En d’autres termes, s’accorder autant de sollicitude, de bienveillance et de compassion que l’on offrirait à un ami, voire à un pur inconnu. Ce concept se nomme l’autocompassion (Neff, 2011).

L’autocompassion réunit 3 attitudes fondamentales:

Se considérer avec bienveillance implique d’arrêter de se juger constamment et de couper court à ses commentaires intérieurs dépréciateurs. Cette attitude implique aussi d’accepter de se laisser toucher par sa propre douleur et chercher à la soulager.

Reconnaître son humanité implique l’acceptation que tous les humains sont faillibles et que les regrets et les mauvaises décisions sont inévitables. Reconnaître que des milliards de personnes ont pu vivre le même genre de difficultés que nous apaise notre souffrance et fait en sorte que nous nous sentons moins isolés des autres.

Pratiquer la pleine conscience implique d’avoir une vision claire de ce qui se passe dans l’instant présent et de l’accepter sans jugement. L’idée est de voir les choses telles qu’elles sont afin de répondre à la situation immédiate avec le plus de compassion, et donc d’efficacité possible.

Pensez à certaines difficultés que vous vivez présentement. Par exemple, peut-être avez-vous reçu un résultat à un examen dont vous êtes insatisfait et vous avez alors tendance à vous comparer à vos collègues de classe et à vous sentir inférieur, voire moins brillant que les autres? Dans le cas de cette difficulté ou de n’importe quelle autre difficulté, prenez soin de vous et accueillez votre souffrance. Il est possible dans ces moments pénibles de réciter un mantra tel que celui-ci:

 

Je vis présentement un moment de souffrance.

La souffrance fait partie de la vie.

Puis-je me montrer bienveillant envers moi-même en cet instant?

Puis-je m’accorder la compassion dont j’ai besoin?

 

Comme on peut l’observer, l’autocompassion ne cherche pas à modifier notre image afin de la rendre plus acceptable en toute circonstance, mais nous reconnaît comme des êtres humains dotés de forces et de faiblesses. Il n’est pas nécessaire d’être hors du commun ou d’atteindre ses idéaux pour éprouver du bien-être. Il suffit de s’accueillir affectueusement dans toute sa fragilité, son imperfection et sa beauté. Ainsi, en nous accordant la compassion que nous méritons, nous prenons conscience que joie et souffrance, ainsi que succès et échecs font partie intégrante de l’expérience humaine dans sa totalité.

 

Voici quelques exemples des bienfaits reliés à l’autocompassion:

  • Elle permet une meilleure régulation émotionnelle (Neff, Kirkpatrick, & Rude, 2007).
  • Elle est un facteur de protection majeur contre l’anxiété, la dépression et les troubles alimentaires (MacBeth & Gumley, 2012).
  • Les personnes capables d’autocompassion seraient plus aptes à s’accepter telles qu’elles sont, avec ou sans reconnaissance extérieure.
  • Les personnes aptes à l’autocompassion seraient plus joyeuses, plus optimistes, plus curieuses et plus contentes de leur sort
  • L’autocompassion aurait un impact positif sur les relations sociales et amoureuses (Neff & Beretvas, 2013).

En conclusion, retenons que l’autocompassion nous offre un havre de calme, un refuge où l’on peut arrêter de se juger. C’est quand nous échouons ou que les choses tournent mal qu’elle est la plus utile. En soi-même se trouvent l’affection et le soutien chaleureux dont chacun a besoin. Tout ce qui nous avons à faire, c’est de nous détendre en fin de journée, d’accepter la vie telle qu’elle est et de nous faire bon conseil. Un comportement plus facile à adopter qu’on le pense souvent, et qui pourrait transformer votre vie.

Le Service de psychologie des Services aux étudiants offre un service de consultation psychologique pour les étudiants. Vous pouvez vous présenter au 1261, pavillon Albert-Tessier, ou téléphoner au 819 376-5011, poste 6056 pour de l’information ou pour prendre rendez-vous, ou consulter la section Service de psychologie du site Web des Services aux étudiants.


Références

MacBeth, A., & Gumley, A. (2012). Exploring compassion: A meta-analysis of the association between self-compassion and psychopathology. Clinical Psychology Review, 32(6), 545-552. doi : 10.1016/j.cpr.2012.06.003

Neff, K. (2011). S’aimer: comment se réconcilier avec soi-même. Paris, Belfond.

Neff, K., & Beretvas, S. N. (2013). The role of self-compassion in romantic relationships. Self and Identity, 12(1), 78-98. doi: 10.1080/15298868.2011.639548

Neff, K., Kirkpatrick, K. L., & Rude, S. S. (2007). Self-compassion and adaptive psychological functioning. Journal of Research in Personality, 41(1), 139-154. doi: 10.1016/j.jrp.2006.03.004