De l’île de La Réunion à Trois-Rivières

– Témoignage dans le cadre des Journées de la Francophonie en Mauricie –

L’UQTR… Je me souviens…
De ma première rentrée d’automne.
Des couleurs, et du temps qui frissonne.
Des professeurs et des amis.
Des examens et des partys.

L’année où Trois-Rivières est devenue le centre de mon univers. L’année où le Québec a commencé à teinter mon accent créole.

Je viens de l’île de la Réunion, île tropicale et volcanique, petit bout de France dans l’océan Indien. Je viens d’un système scolaire élitiste et exigeant, qui pourtant nous trahit et nous laisse sans perspective d’emploi à l’aube de l’âge adulte.

Alors un jour, à la croisée des chemins, cette annonce dans le journal local retient mon attention: «Les Universités du Québec recrutent». Une conférence, une rencontre, quelques images et le nom d’un programme. L’agente de recrutement me convainc. Je fais le choix d’un ailleurs.

Quelques mois plus tard, je découvre les rues du centre-ville de Trois-Rivières à travers les vitres de l’autobus en provenance de Montréal, et cela ne ressemble à rien de ce que j’avais déjà vu ou imaginé. Des chansons de Joe Dassin me trottent dans la tête. L’Amérique, deux valises et l’énergie de la jeunesse. Je sens qu’ici tout est possible.

Premier cours, premières impressions…

Nous sommes quarante étudiants dans l’amphithéâtre. Personne n’est assis par terre. Le professeur nous demande de nous présenter, et semble faire un effort sincère pour retenir nos noms. La session avance. Je vais de surprise en surprise. J’ai accès à du matériel informatique de qualité, je développe des compétences techniques et concrètes relatives à mon domaine d’études.

Ici, la théorie n’est pas une fin en soi. Elle vise à soutenir la pratique, dans un va-et-vient constant au cours duquel les remises en question sont encouragées. Ma conception de l’apprentissage et de l’enseignement subissent un profond et salutaire changement de paradigme: penser par soi-même. Apprendre à s’organiser. Pratiquer, pratiquer, pratiquer. Travailler en équipe. Échouer et y voir une occasion d’apprendre. Demander de l’aide à son professeur. Développer son autonomie.

Assez rapidement, j’acquiers la certitude que je suis très exactement à ma place. Baccalauréat, Maîtrise, stage, emploi. Je n’ai plus jamais quitté les murs accueillants et stimulants de l’UQTR. Ces quatre lettres sont tatouées — sur ma cheville, car je demeure une fille des îles — et signifient pour moi: Univers des possibles, Qualité de l’enseignement, Travail et Réussite.

Ah, comme la neige a neigé depuis ma première graduation… J’ai construit une maison, j’ai fondé une famille, je suis devenue canadienne.

Grâce à mon travail à l’École internationale de français, je côtoie des étudiants étrangers qui ont choisi l’UQTR pour grandir et s’épanouir. Et lorsque je reconnais dans leurs yeux cette étincelle d’excitation mêlée d’angoisse qui caractérise l’éclat inoubliable d’une première rentrée… alors, je me souviens.

Manon Lienard