Vivre avec l’hypertension artérielle – Une étude jette un éclairage sur le point de vue des hommes

L’hypertension artérielle est un problème de santé important, touchant 20% de la population canadienne. Bien qu’elle atteigne indifféremment les deux sexes, cette maladie chronique présente un taux de mortalité légèrement plus élevé chez les hommes (8,5%) que chez les femmes (5,8%). Interpellée par cette statistique, l’infirmière Anne-Marie Leclerc a mené un projet de recherche sur l’expérience vécue par les hommes souffrant d’hypertension artérielle, lors de ses études à la maîtrise en sciences infirmières à l’UQTR. Ses résultats apportent un éclairage intéressant sur les croyances et les perceptions des hommes atteints d’hypertension, ce qui pourrait aider à mieux cibler les interventions auprès des patients masculins hypertendus.

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Anne-Marie Leclerc, chargée de cours au Département des sciences infirmières de l’UQTR. (D. Jalbert – Photo Philippe Gervais)

«Peu d’études scientifiques se sont intéressées spécifiquement aux hommes vivant avec l’hypertension artérielle, d’où l’intérêt de mon projet de recherche. Pour réaliser celui-ci, j’ai interrogé 10 répondants, recrutés sur une base volontaire. Je remercie d’ailleurs ces personnes pour leur précieuse collaboration. Ces hommes, âgés de 42 à 62 ans, vivaient avec un diagnostic d’hypertension artérielle. Ils ont répondu à plusieurs questions portant, entre autres, sur l’impact de la maladie sur leur vie, leur perception de l’hypertension artérielle et leur observance du traitement», indique la chercheuse, qui est aussi chargée de cours à l’UQTR.

Fatalité et banalisation

En questionnant les participants de son étude, Mme Leclerc a constaté que ceux-ci considèrent l’hypertension artérielle comme une maladie inévitable, surtout en raison de l’hérédité. «Ces hommes ne sont pas surpris de leur diagnostic. Ils croient que l’hypertension est une fatalité à laquelle ils ne peuvent se soustraire, notamment parce que des membres de leur famille en sont atteints ou que c’est une maladie répandue», commente la chercheuse.

Les hommes interrogés voient également l’hypertension artérielle comme une maladie banale, beaucoup moins grave que d’autres affections (ex. cancer). L’absence de symptômes reliés à l’hypertension contribue à cette banalisation. Les répondants de l’étude discutent rarement de leur diagnostic avec leur entourage et perçoivent les complications potentielles de l’hypertension comme un risque faible. Les plus jeunes se disent tout de même un peu plus préoccupés par leur état que leurs aînés.

«Malgré cette banalisation de la maladie, j’ai été surprise de constater que la totalité des participants à l’étude respectent leur traitement pharmacologique, et ce, pour mieux contrôler leur hypertension. Toutefois, ils ont très peu modifié leurs habitudes de vie après avoir reçu leur diagnostic. Bien que tous les répondants sachent et croient qu’ils doivent faire plus d’exercice ou mieux s’alimenter, très peu le mettent en application, surtout en ce qui concerne l’exercice. De plus, peu d’entre eux s’attardent à l’importante quantité de sel cachée dans les aliments transformés, se bornant à diminuer l’utilisation de la salière à table», rapporte Mme Leclerc.

L’hypertension artérielle

  • Une étude récente indique que l’hypertension artérielle est actuellement le facteur de risque de mortalité le plus important, dans le monde.
  • Un adulte canadien sur cinq est atteint d’hypertension artérielle. Cette proportion grimpe à un sur deux, après 65 ans.
  • Les complications associées à l’hypertension artérielle touchent plusieurs organes, dont les reins, le cerveau et le cœur. L’hypertension non maîtrisée entraîne d’importants coûts de santé publique.
  • Le traitement de l’hypertension artérielle débute par l’adoption de saines habitudes de vie (diminuer la consommation de sel et d’alcool, pratiquer régulièrement de l’activité physique, perdre du poids, arrêter de fumer, gérer son stress). Des traitements pharmacologiques peuvent aussi s’avérer nécessaires.

Relations avec les professionnels de la santé

Les hommes participant à l’étude se disent chanceux de bénéficier des services d’un médecin. Ils ont confiance en ce professionnel de la santé, ont bâti avec lui une bonne relation et respectent ses prescriptions. Toutefois, certains éprouvent un malaise à parler spontanément avec leur médecin de leurs difficultés érectiles, causées possiblement par leur médication antihypertensive. «Ce genre de problème doit pourtant être traité avec attention, pour ne pas entraîner l’arrêt de la prise de médicaments, souligne Mme Leclerc. Selon une étude récente, les hommes seraient plus enclins à discuter de leurs troubles érectiles lorsque c’est leur médecin qui aborde le sujet.»

En menant son étude, la chercheuse a aussi remarqué qu’aucune infirmière n’est impliquée dans le traitement des hommes hypertendus interrogés. «Ce constat m’a surprise, d’autant plus que les infirmières peuvent jouer un rôle très utile auprès des patients atteints d’hypertension artérielle», note-t-elle.

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Des interventions adaptées

Le système de santé actuel ne fait pas de distinction par rapport au sexe, quant à la prise en charge des patients atteints d’hypertension artérielle. Cependant, le projet de recherche mené par Mme Leclerc fournit des connaissances susceptibles d’aider au développement d’une approche adaptée aux hommes et à leur vision de la maladie. D’autres études pourront être menées, par exemple pour élargir le bassin de répondants ou comparer l’expérience des hommes et des femmes.

«Une meilleure intégration des infirmières dans le suivi des patients hypertendus est également souhaitable. Les infirmières peuvent contribuer au dépistage et au contrôle de l’hypertension artérielle, soutenir les personnes qui en sont atteintes et favoriser leur adhésion au traitement. De plus, la mise en œuvre récente d’ordonnances collectives concernant les maladies chroniques permettra aux infirmières de renforcer leur rôle, en matière d’hypertension artérielle», rapporte la chercheuse.

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Mme Leclerc a mené ses travaux au Laboratoire de recherche en santé cardiovasculaire et métabolique de l’UQTR, sous la direction des professeures Lyne Cloutier (sciences infirmières, UQTR) et Francine de Montigny (sciences infirmières, UQO). Elle a présenté ses résultats notamment au congrès de l’Ordre des infirmières et des infirmiers du Québec, au congrès canadien Vasculaire 2013 ainsi qu’au congrès de l’European Society of Hypertension (Italie).

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