Les parents d’enfants dysphasiques souhaitent l’amélioration de l’offre de services orthophoniques

Selon une étude réalisée à l’automne 2014 à travers le Québec, la grande majorité des parents d’enfants dysphasiques, soit 93 %, estiment que l’offre de services orthophoniques devrait être améliorée dans la province.

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L’étudiante à la maîtrise en orthophonie Julie Mongrain, en compagnie du professeur Bernard Michallet, directeur du Département d’orthophonie de l’UQTR. (Photo Annie Brien)

Cette enquête, menée par Mme Julie Mongrain, étudiante à la maîtrise en orthophonie à l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), révèle que ces parents sont massivement insatisfaits de la quantité de services orthophoniques offerts à leur enfant. Ils déplorent également les longs délais d’attente et les difficultés rencontrées pour accéder aux services assurés par les divers établissements publics.encadre dysphasie

«Le temps moyen requis pour obtenir une évaluation orthophonique varie grandement selon les régions et d’un établissement à l’autre. En CLSC, les délais d’attente se situent entre 2 et 15 mois, alors qu’en Centre de réadaptation en déficience physique, l’intervalle est de 2 à 16 mois», rapporte la chercheuse.

Public vs privé

Au Québec, les services orthophoniques pour les enfants souffrant d’un trouble primaire du langage sont offerts par le réseau de la santé et le milieu de l’éducation, ainsi que dans les cliniques privées. Selon l’étude réalisée par Mme Mongrain, le secteur privé offre un temps d’attente moyen beaucoup moins long (3,5 mois) que le secteur public (8,5 à 11,2 mois par type d’établissement), pour une évaluation orthophonique. De plus, chaque fois qu’un enfant passe d’un établissement public à un autre (cheminement typique: CLSC – centre de réadaptation – milieu scolaire), il doit subir à nouveau des délais d’attente avant d’obtenir des services.

«Pour remédier aux temps d’attente et à l’offre de services orthophoniques limitée dans les établissements publics, 60% des répondants de notre enquête se tournent vers les services privés. Ce geste oblige les parents à débourser des sommes importantes: le montant net payé pour des services orthophoniques privés tourne en moyenne autour de 4000$», signale l’étudiante.

Plus de 80% des parents ayant participé à l’étude affirment vivre un niveau d’inquiétude élevé relativement à la dysphasie de leur enfant, 57% rapportant que ce trouble bouleverse leur vie familiale. Près de 70% des parents consacrent beaucoup de temps, à la maison, à la réalisation d’activités orthophoniques avec leur enfant.

Entrée à l’école

Lorsque l’enfant dysphasique accède au milieu scolaire, la transition entre les différents services orthophoniques ne se fait généralement pas de façon harmonieuse, selon les parents interrogés. Peu d’élèves ont accès à des services orthophoniques, ces derniers étant offerts de façon très limitée.

«Il semble que plus l’enfant vieillit, moins les services sont disponibles, constate Mme Mongrain. Seulement 53% des enfants dysphasiques du primaire, et 25% au secondaire, ont effectivement bénéficié de thérapies orthophoniques. Cependant, les parents d’enfants ayant obtenu un code ministériel confirmant une déficience langagière sévère se disent plus satisfaits de la continuité des services orthophoniques, lors de l’entrée scolaire.»

Notons que pour pallier leurs difficultés langagières, les enfants dysphasiques ont habituellement besoin de services orthophoniques pendant de nombreuses années.

Des services de qualité

Les parents d’enfants dysphasiques disent apprécier grandement la qualité des services orthophoniques offerts, de même que la compétence des orthophonistes rencontrés. Ces parents se montrent aussi généralement satisfaits de la collaboration vécue avec les divers établissements de services. Près de 90% des parents interrogés affirment travailler en étroite collaboration avec les orthophonistes.

Dans les services publics, les thérapies orthophoniques sont généralement offertes de façon individuelle, au rythme d’une fois par semaine. Dans les établissements privés, une fréquence d’une fois par deux semaines est privilégiée.

Vaste étude

L’enquête réalisée par Mme Mongrain, sous la supervision du professeur Bernard Michallet (Département d’orthophonie, UQTR), a été menée auprès de 377 parents d’enfants de 2 à 17 ans souffrant d’un trouble primaire du langage. Ces parents ont répondu à un questionnaire en ligne visant à recueillir leur perception des services disponibles au Québec, pour leur enfant. L’échantillon se composait de répondants de toutes les régions de la province (sauf le Nord-du-Québec), ayant fréquenté un ou plusieurs types d’établissements offrant des services orthophoniques à leur enfant.