Adolescents avec trouble de personnalité limite en centres jeunesse: outiller les intervenants autrement

– Collaboration de Laura Massicotte, étudiante au baccalauréat en études françaises –

Les adolescents présentant les caractéristiques du trouble de la personnalité limite (TPL) sont nombreux en centres jeunesse. L’imprévisibilité de ces jeunes et leur risque chronique de passer à l’acte requièrent une expertise particulière. Les intervenants en charge, épuisés et à court de ressources, peinent à leur venir en aide efficacement. Cependant, une nouvelle approche, visant à former les intervenants différemment, pourrait changer la donne.

Lyne Desrosiers, professeure au Département d’ergothérapie. (Photo: Annie Brien)

Outiller les intervenants

Riche de sa longue expérience de travail en psychiatrie, Lyne Desrosiers, ergothérapeute, psychothérapeute et professeure au Département d’ergothérapie à l’Université du Québec à Trois-Rivières, a constaté que les personnes travaillant auprès des adolescents atteints du TPL sont souvent mal préparées à intervenir. En effet, on observe un grand roulement de personnel en centres jeunesse: le taux d’absentéisme y est très élevé et ce sont parfois de jeunes intervenants, ayant une formation très limitée en santé mentale, qui se voient confier ce défi de taille.

La professeure a donc mis sur pied le projet de recherche clinique Une technologie d’intervention adaptée pour adolescents avec trouble de personnalité limite en centres jeunesse, visant à outiller les intervenants au moyen d’une formation ciblant leur capacité à contrôler leurs émotions en contexte d’intervention difficile. Cette technologie d’intervention constitue une adaptation de la thérapie comportementale dialectique (TCD), approche reconnue parmi les plus efficaces auprès des personnes souffrant du TPL.

Ainsi, on tend à éviter que les interactions avec les jeunes atteints de ce trouble mental soient déterminées par l’humeur des intervenants plutôt que par le plan d’intervention. «L’hypothèse est que si ceux-ci se régulent mieux, ils seront plus aptes à prendre de meilleures décisions en contexte d’intervention difficile», souligne la chercheuse.

Poursuivre une approche gagnante

Après le succès d’un projet pilote réalisé dans des unités composées de filles au Centre jeunesse de Montréal en 2016, Lyne Desrosiers et quelques collaborateurs ont poursuivi leur projet de recherche en Mauricie. Nommé «Projet TANGO», il comporte près de 20 heures de formation variée. Toujours axée sur les difficultés éprouvées par les intervenants, la formation se déroule selon une approche expérientielle (avec jeux de rôle et exercices d’intégration entre les rencontres), additionnée de supervisions en groupe.

Jusqu’à présent, les résultats réjouissent la chercheuse. Les premières analyses dévoilent des améliorations sur plusieurs plans, les intervenants s’entendent mieux sur la marche à suivre avec les jeunes ayant le TPL et s’estiment plus efficaces pour désamorcer les crises. La relation intervenant-adolescent, souvent modulée par des enjeux de pouvoir, fait place à une relation d’aide plus collaborative. Lyne Desrosiers et son équipe évaluent également l’impact de la formation Projet TANGO sur l’évolution de la réadaptation des adolescents et sur leur utilisation des services de santé mentale. Dès l’automne prochain, la professeure au Département d’ergothérapie poursuivra cette étude clinique dans des unités de garçons et en contexte de soins de première ligne.

 

Laura Massicotte est étudiante au baccalauréat en études françaises. Elle signe ici un texte dans le cadre du projet d’intervention dans la communauté «Rédaction d’articles sur la recherche universitaire», réalisé à l’hiver 2017 en collaboration avec le Vice-rectorat à la recherche et au développement, Elizabeth Marineau, agente de recherche au Décanat des études, la professeure Geneviève Bernard Barbeau, du Département de lettres et communication sociale, ainsi que les chercheurs qui ont généreusement accepté de se prêter au jeu de la vulgarisation journalistique.

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