Saray Moreira Urra: malgré un accueil frileux… un parcours d’intégration et d’implication vers la réussite!

Dans le cadre des Journées de la persévérance scolaire (JPS), du 12 au 16 février, les Services aux étudiants (SAE) soulignent le parcours d’étudiants s’étant démarqués par leur persévérance. Nous vous présentons aujourd’hui le témoignage de Saray Moreira Urra, diplômée à la maîtrise en communication à l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR).

Pour Saray, la persévérance, c’est: «travailler pour réussir à obtenir ce qu’on veut, malgré les obstacles ou les problèmes. C’est persister et ne pas laisser tomber, même si cela parait difficile ou si nous avons peur.»

D’origine cubaine, Saray savait qu’elle irait à l’université, car «à Cuba, quand tes parents sont universitaires, que toute ta famille est dans le milieu professionnel, c’est comme écrit dans le ciel que tu vas aller à l’université». Elle n’avait donc plus qu’à choisir ce qu’elle voulait faire. Après l’obtention d’un diplôme préuniversitaire en sciences pures, pensant suivre les traces parentales vers un domaine scientifique, elle penche plutôt pour le baccalauréat en communication.

À Cuba, les études universitaires sont financées par l’État, donc les étudiants ne peuvent travailler pendant leur parcours pour se consacrer à leurs études. Si l’université choisie est située dans la province d’origine, l’étudiant habite chez ses parents (c’est le cas de Saray), sinon l’État le loge. Ainsi, le temps nécessaire aux études est disponible. Une chance (!), car il y a 10 cours par session à faire (de spécialité et généraux, comme la philosophie, l’histoire, l’espagnol, l’éducation physique, etc. afin que chacun devienne un citoyen accompli). En parallèle, Saray prend des cours de français, pour le plaisir d’apprendre une nouvelle langue et, qui sait, s’ouvrir des portes éventuellement…

Tout au long de son baccalauréat, elle sait qu’elle veut poursuivre à la maîtrise, alors elle s’intéresse à la recherche, mais une fois son diplôme en poche, comme tous nouveaux diplômés cubains désirant accéder aux études supérieures, elle doit travailler deux ans pour l’État au salaire minimum (ceci assume une forme de «remboursement»). Elle décroche un emploi en relations publiques chez Habaguanex, une entreprise touristique dont les fonds servent à préserver la vieille Havane. Cette expérience lui permet de voyager, car son travail consiste à promouvoir Cuba à l’international, entre autres au Québec. Elle visite notre province en octobre et se souvient: «c’était tellement beau, avec toutes les couleurs, comme une carte postale. J’en suis tombée amoureuse!»

Après deux années de travail, elle est parmi les 10 candidats admis à la maîtrise en communication. Elle cherche alors un professeur canadien pour l’encadrer, car elle aimerait obtenir la Bourse des futurs leaders des Amériques offerte par le Canada. Tout un défi puisque l’Internet n’était pas disponible à Cuba! Elle commence ses recherches du côté des universités anglophones (ayant plus de facilité en anglais), sans succès. Elle se tourne alors vers le Québec et trouve le professeur Corriveau. Elle peut ainsi, grâce à la bourse, entamer son périple nordique vers l’Université du Québec à Trois-Rivières comme stagiaire.

«Avant d’arriver, j’avais beaucoup d’espoir, je savais que j’allais aimer ça, mais quand je suis arrivée le 3 janvier 2014 ça a vraiment été dur. Il faisait très froid. Ça a été le premier gros choc. Les deux premières semaines, je sortais de mon appartement juste pour venir à l’UQTR.» Heureusement, le professeur Corriveau et sa femme lui fournissent un manteau et de bons vêtements chauds.

Outre le froid, la distance avec ses proches est plus difficile à vivre qu’elle ne croyait. Faute d’Internet à Cuba, elle parle à sa famille au téléphone une fois par mois. Elle s’ennuie et pleure souvent. Par ailleurs, la manière d’entrer en relation avec les autres lui semble différente. Elle remarque que les groupes d’amis sont formés et peu ouverts à accueillir de nouveaux membres ou lorsqu’elle croit se rapprocher de quelqu’un, ce n’est pas gagné. Elle explique que les latinos «débarquent les uns chez les autres, sans prévenir, parce qu’ils passent dans le coin, qu’ils ont besoin de parler ou juste comme ça, alors qu’ici on « prend rendez-vous », il faut planifier la visite».

Un accueil frileux, mais elle multiplie ses tentatives et s’intègre de plus en plus. Elle franchit la barrière linguistique en participant à des ateliers offerts par le Centre d’aide en français et en écoutant tout ce qu’elle peut (radio et télévision) dans la langue de Molière. Surmontant une difficulté après l’autre, au terme de son stage, elle aime son expérience et s’inscrit à la maîtrise en communication à l’UQTR.

Elle recommande aux étudiants qui changent de système éducatif, de pays ou pour ceux qui font un retour aux études de «se donner la chance de s’adapter et se dire que tu n’auras peut-être pas des supers notes au début, mais il faut se donner le temps». Aussi, profiter pleinement des services offerts par l’établissement, consulter le portail étudiant et le site Internet de l’UQTR en se demandant: «Qu’est-ce que l’université offre pour m’aider? La plupart des services sont gratuits, alors pourquoi ne pas les utiliser.»

Saray s’est aussi impliquée sur le campus pour développer son français, faire des rencontres et vivre des expériences québécoises variées. Entre autres, elle crée (en collaboration avec les récipiendaires de la bourse pour les futurs leaders qui l’a amenée ici au départ) et est présidente de l’association des étudiants ibéro-américains, travaille à l’École internationale de français et aux Services aux étudiants comme pivot terrain pour les examens adaptés des étudiants en situation de handicap, à l’accueil des étudiants étrangers et à l’organisation des Journées carrière.

Ses stratégies d’étude les plus efficaces sont:

  • Exploiter ses périodes d’efficacité en «mangeant la grenouille avant le cupcake», comme lui a conseillé une enseignante, ce qui signifie faire la chose la plus difficile en premier et ensuite le plus simple pour éviter la procrastination.
  • En cas de fatigue, faire seulement les éléments plus faciles, qui sont motivants, pour au moins avancer, donc nourrir le sentiment d’accomplissement et éviter les remords de n’avoir rien fait.
  • Ne pas trop travailler en même temps que les études pour y accorder la priorité, donc le temps nécessaire, en fonction de son mode de travail, de ses besoins… et, surtout, déterminer ses limites en apprenant à se connaître, savoir ce qui fonctionne ou non pour soi.
  • Aux étudiants aux cycles supérieurs, elle recommande de choisir avec soin son directeur de recherche, de prendre le temps de discuter de ses objectifs et de s’entendre avec lui (elle remercie d’ailleurs le sien, M. Jason Luckerhoff, qui lui a fait confiance dès le départ et qui l’a aidée à franchir plusieurs épreuves, comme sa famille québécoise, son amoureux et le professeur Corriveau et sa femme).

«Si tu veux vraiment une chose, tu dois faire tous les efforts pour l’atteindre, sinon ce sera un échec personnel qui te suivra toute ta vie, dit Saray. Après, quand tu as fini ce que tu as commencé, que tu as fourni les efforts nécessaires, tu seras fier de toi-même. Ce sera une grande satisfaction.» Elle précise l’importance que cet objectif parte de soi (motivation intrinsèque), et non d’une attente parentale ou d’une exigence professionnelle.

À force de persévérance, Saray a obtenu sa maîtrise portant sur un sujet bien québécois, même trifluvien: la pyrrhotite. Elle est fière d’avoir eu la mention «excellent» après tant d’années d’apprentissage et d’efforts. Elle occupe présentement deux emplois dans son domaine (communication et organisation d’événements) pour deux fondations au Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec (CIUSSS MCQ), soit Le Parrainage et InterVal. Elle espère rester au Québec, surtout en Mauricie, car elle s’y sent bien, connaît la région et y a son réseau social. Elle a son permis de travail pour trois ans et elle a demandé sa résidence permanente. Elle aimerait donner des cours d’espagnol, peut-être démarrer son entreprise en communication et, un jour, faire son doctorat.

Nous lui souhaitons le plus grand des succès et encore plein d’autres belles rencontres. Félicitations Saray!

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