Université du Québec à Trois-Rivières

Médias et réputation : l’UQTR outille les membres de la CCI3R

Jason Luckerhoff et André Gabias (Photo : Cocktail Media)

L’UQTR a présenté, le 26 mai dernier, devant la Chambre de commerce et d’industrie de Trois-Rivières (CCI3R) une conférence très attendue sur un sujet devenu incontournable pour les organisations : la réussite des relations médias et la gestion de réputation dans une ère de communications en pleine transformation. Devant une salle bien remplie, les conférenciers Jason Luckerhoff, professeur au Département de lettres et communication sociale, ainsi qu’André Gabias, avocat en litiges civil et commercial et ex-chargé de cours en droit des communications, droit des affaires et droit du travail à l’UQTR pendant 25 ans, ont dressé un portrait juste et à propos, des défis communicationnels et juridiques qui façonnent désormais le quotidien des entreprises, des organismes et des institutions publiques.

Un environnement numérique en pleine mutation

D’entrée de jeu, les conférenciers ont rappelé à quel point les réseaux sociaux ont transformé le rapport entre les organisations et leur public. Le modèle traditionnel, où un message diffusé par une entreprise atteignait un large public via les médias, s’est métamorphosé en un système beaucoup plus éclaté.

Ils ont repris l’analogie popularisée par Mark Zuckerberg : les communications ne suivent plus le mouvement rectiligne d’un jeu de quilles, mais rebondissent comme une bille dans une machine à boules. Chaque publication peut être reprise, modifiée, amplifiée, parfois en quelques minutes, sans que l’émetteur ne puisse entièrement en contrôler la portée.

Veille médiatique : écouter avant d’agir

Au cours de la présentation, un message clé a par ailleurs été véhiculé : la veille médiatique n’est plus optionnelle. Les conférenciers ont expliqué que surveiller les conversations, les commentaires et les tendances est devenu indispensable pour naviguer dans un environnement numérique où la réputation peut fluctuer rapidement.

Ils ont notamment insisté sur la nécessité d’identifier les mots-clés associés à l’organisation, de comprendre les attentes de la communauté, de détecter les critiques émergentes et d’analyser les réactions du public avant d’intervenir.

L’objectif : éviter les réactions impulsives et privilégier des interventions réfléchies, alignées sur une stratégie cohérente.

Le rôle crucial de la gestion de communauté

L’événement a aussi mis en lumière une fonction en pleine expansion, celle de gestionnaire de communauté. Plus qu’un rôle technique, il s’agit désormais d’une véritable mission stratégique. Le gestionnaire doit non seulement animer les échanges, mais aussi représenter l’organisation avec transparence, ouverture et constance. Les conférenciers ont rappelé qu’une présence régulière, un ton cohérent et une capacité à répondre aux commentaires, même les plus critiques, sont essentiels pour bâtir une relation durable avec la communauté.

Les réseaux sociaux n’échappent pas aux lois

Une portion importante de la conférence a été consacrée au cadre juridique. Les intervenants ont rappelé que les communications numériques demeurent entièrement soumises aux lois existantes, qu’il s’agisse de celles encadrant la liberté d’expression, la vie privée, le droit à l’image ou la diffamation.

Le public a pu revisiter des éléments clés de la législation, comme les protections prévues par la Charte québécoise et la Charte canadienne, les articles du Code civil portant sur la vie privée et l’image, ainsi les décisions marquantes, comme l’arrêt Aubry c. Éditions Vice-Versa, qui a établi des limites quant à l’utilisation de l’image d’une personne sans son consentement.

Les conférenciers ont aussi souligné que la responsabilité ne concerne pas seulement ce qu’une organisation publie, mais aussi ce qu’elle laisse publier sur ses plateformes. Les analyses juridiques de spécialistes comme Jean-Louis Baudouin et Yvon Renaud rappellent que l’administrateur d’une page peut être tenu responsable s’il ne modère pas des commentaires diffamatoires publiés par des tiers.

Rigueur et anticipation

Au terme de la conférence, un constat s’imposait : la présence sur les réseaux sociaux offre des opportunités extraordinaires pour rejoindre le public, mais elle exige une discipline accrue. Les organisations doivent jongler avec la rapidité de circulation de l’information, la permanence des traces numériques et l’amplification des contenus sans perdre de vue leurs obligations légales.

Les conférenciers ont conclu en rappelant que la clé réside dans l’anticipation, la transparence et la maîtrise des risques. Dans un environnement où chaque publication peut devenir virale, positivement ou négativement, les organisations ont tout à gagner à se doter de stratégies solides et d’une compréhension pointue de leurs responsabilités.